Dimanche 17 mai 2009 7 17 /05 /2009 14:26




De ma thébaïde et ce depuis bien des années, voilà que je propose des écrits quotidiens uniquement

consacrés à Eze.

Cette entreprise est fondée sur le roc même qui abritera un jour nos mânes, image tout à la fois du

provisoire et del'éternité.

Savoir à qui et à quoi l'on appartient garantit généreusement aux plus nomades d'entre nous un port

d'attache et une ancre flottante.

Ici, à Eze, ce savoir bien sommaire somme toute tient lieu de sagesse aux plus insensés. Ces derniers

croyaient au progrès, à l'Urbs, à la Pax Romana et les voilà emportés par le tourbillon.

Mais, pourtant, sages ils étaient. Devenus voyageurs du temps, leurs os blanchissent toujours au

soleil d'Eze comme leurs cheveux dont la couleur, nous dit le Livre, leur sied comme au roi une

couronne blanche...

Puis vint le temps de la Barbarie. Pour être récent, il n'est pas pour autant neuf!

Depuis que l'homme est l'homme, la tentation pousse vers le bas quiconque veut aller vers le haut.

Douloureux prix à payer pour un si piètre voyage!

En regardant ce qui fut, en contemplant ce qui est, le regard  converge et diverge du regret vers les larmes...

Ces dernières qui, il y a bien longtemps, auraient poussé un Romain à se coucher sous le plus vieil

olivier et y attendre la mort, encouragent  le contemporain que je suis à témoigner modestement au

procès muet fait à nos pairs, à nos pères.

Je sais ce que je sais, rien de plus mais si ceux qui firent virer notre sourire en grimace portaient à leurs

visages blêmes la sérénité des dieux, je serais prêt à les rejoindre. Or, Cher Lecteur, rien de tout cela.

Donnez-leur l'Olympe et ils y font couler le Styx, confiez-leur la garde du Mont Athos et Déméter

devient leur servante.

Bien heureusement, un temps le village d'Eze, Nouvel Eleusis,  souffla le chaud et l'effroi sur leurs

troupeauxmais leur "vertu" est l'attachement comme celui qui rive le bernard l'hermite à sa conque

et le coucou au nid des autres.

Cette modeste entreprise tentera, sans grande difficulté, de ranimer la flamme jamais éteinte de

ceux qui brûlaient d'un feu intérieur. Comme Chrétien de Troyes passait déjà sous leurs fenêtres

et leurs crachats, nous sommesdes "Chevaliers à la charrette" ayant pour seule arme le "bel françois" 

comme un peu plus tard la langue de Dante,le géographe mystique...


Mais c'est aujourd'hui que nous vivons.

Les quatre Saisons! Cette année comme d'autres quiconque n'a pu consigner notre absence.

Qu'il vente, qu'il pleuve, le gardien est à son phare et ranime la flamme qui prévient le marin des écueils.

On lui prête des ambitions divines mais son serment est de toujours s'éloigner d'Alexandrie et des

semblantsde pouvoir.

De ce dernier, le sage ne veut et laisse aux zéros à la Sisyphe le sport cruel de devoir creuser eux-mêmes

leurs tombes d'autant plus profonde qu'ils ont voulu élever au plus haut le pinacle de leur mausolée.

 En un mot, j'espère que vous trouverez du plaisir au fil de ces pages et, peut-être, des illustrations de la

vertu dumicrocosme.


 

Simple comme une herbacée, il illustre sans frais les errements de la forêt. Eze-Village au nom surfait

(village bien sûr)n'a jamais voulu défier les "dieux".

Le "monde", sorte de démiurge myope, le rencontra lors de ses mouvements pérégrins et lui trouva

du charme.

Si le Roi aime les bergères, le berger aime les princesses déchues et c'est des atours de cette dernière

qu'il l'a revêtue. L'indigène, bon bougre, lui trouve des excuses et à son perpétuel procès tente d'établir

que la malheureuse fut prise de force. Il n'est, pourtant, de bonne plaidoirie qui ne se termine par un

verdict.

Or, celui d'Eze fut sans appel : A Nice tu seras attachée, puis en produit tu seras transformée, ta nature

sera déflorée puis ta Gens dispersée. 

Ô visiteurs mes amis, joignez ceux de Rome et d'Athènes. Pleurez donc sur la mort d'une âme et avant

qu'elle ne passe daignez lui offrir un regard. Car il s'agit bien là de l'histoire d'Eze.

Ceci dit sans amertume, ni dépit.

A bord du vaisseau qui sombre le naufrage est d'autant moins éprouvant que son équipage ne peut se

reconnaître dans son capitaine. Il reste donc les souvenirs. Ils sont notre richesse et nul ne saurait

nous les retirer.

C'est eux que je voudrais partager avec vous dans la joie qui préside au banquets de Platon.

Raison pour laquelle, au demeurant, j'ai tenté d'orner ce site le plus que j'ai pu le faire de

photographies et autres témoignages démontrant la joie de vivre qui sourdait de chaque pierre,

autant dire de chaque âme.

Le mot est  lâché : l'âme. Elle ne fait pas recette mais elle en est une. Celle de la survie au milieu

des drôles qui ne font rire personne.


 Aujourd'hui, sûr des témoignages qui me parviennent, j'ose persévérer au nom même du

désintéressement qui anime cette entreprise.

De façon contradictoire elle me valut des récompenses sans prix.

Ce dernier n'est pas mesurable et a donc plus de valeur que tous les trésors.


Entre-temps, les Barbares vociférèrent, s'agitèrent, tempêtèrent, réprimèrent, légiférèrent et, ce faisant,

s'enfoncèrent d'autant plus facilement dans la glèbe fatidique  qu'ils en viennent et qu'elle est

leur berceau:!.


L'histoire est un bon juge. Elle donne raison à la patience. Entre-temps, continuons donc à édifier

modestement le petit édicule fait de choses tangibles qui rappelle qu'ici des hommes et des femmes

vécurent. C'est aussi simple que cela.

Enfin, soyons franc.

Le fait que les miens eussent ici leur berceau de tous temps ne saurait faire de moi un arbitre impartial.

Aussi, est-ce bien la raison pour laquelle de tous les reproches qui pourraient m'être faits à juste titre,

s'il en est un que j'accepte le plus, c'est bien celui de n'être pas objectif. La faiblesse de mes moyens

me permet cette audace et la force qui les anime est sa seule excuse absolutoire.

Ecrivez-moi et cela surtout si vous n'êtes pas d'accord avec moi.

 
Par Xavier Cottier - Publié dans : Questions
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