SOCIETE MUSEALE ALBERT FIGUIERA
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De ma thébaïde et ce depuis bien des années, voilà que je propose des écrits quotidiens
uniquement consacrés à Eze.
Cette entreprise est fondée sur le roc même qui abritera un jour nos mânes, image tout à la fois
du provisoire et del'éternité. Savoir à qui et à quoi l'on appartient garantit généreusement aux plus nomades d'entre nous un port d'attache et une ancre flottante. Ici, à Eze, ce savoir bien sommaire somme toute tient lieu de sagesse aux plus insensés. Ces derniers croyaient au progrès, à l'Urbs, à la Pax Romana et les voilà emportés par le tourbillon. Mais, pourtant, sages ils étaient. Devenus voyageurs du temps, leurs os blanchissent toujours au soleil d'Eze comme leurs cheveux dont la couleur, nous dit le Livre, leur sied comme au roi une couronne blanche...
Puis vint le temps de la Barbarie. Pour être récent, il n'est pas pour autant
neuf!
Depuis que l'homme est l'homme, la tentation pousse vers le bas quiconque veut aller vers le
haut. Douloureux prix à payer pour un si piètre voyage! En regardant ce qui fut, en contemplant ce qui est, le regard converge et diverge du regret vers les larmes...
Ces dernières qui, il y a bien longtemps, auraient poussé un Romain à se coucher sous le plus
vieil
olivier et y attendre la mort, encouragent le contemporain que je suis à témoigner modestement
au procès muet fait à nos pairs, à nos pères. Je sais ce que je sais, rien de plus mais si ceux qui firent virer notre sourire en grimace portaient à leurs visages blêmes la sérénité des dieux, je serais prêt à les rejoindre. Or, Cher Lecteur, rien de tout cela.
Donnez-leur l'Olympe et ils y font couler le Styx, confiez-leur la garde du Mont Athos et
Déméter devient leur servante. Bien heureusement, un temps le village d'Eze, Nouvel Eleusis, souffla le chaud et l'effroi sur leurs
troupeauxmais leur "vertu" est l'attachement comme celui qui rive le bernard l'hermite à sa
conque et le coucou au nid des autres. Cette modeste entreprise tentera, sans grande difficulté, de ranimer la flamme jamais éteinte de
ceux qui brûlaient d'un feu intérieur. Comme Chrétien de Troyes passait déjà sous leurs
fenêtres
et leurs crachats, nous sommesdes "Chevaliers à la charrette" ayant pour seule arme le "bel
françois" comme un peu plus tard la langue de Dante,le géographe mystique...
Mais c'est aujourd'hui que nous vivons.
Les quatre Saisons! Cette année comme d'autres quiconque n'a pu consigner notre
absence.
Qu'il vente, qu'il pleuve, le gardien est à son phare et ranime la flamme qui prévient le marin des
écueils. On lui prête des ambitions divines mais son serment est de toujours s'éloigner d'Alexandrie et des
semblantsde pouvoir.
De ce dernier, le sage ne veut et laisse aux zéros à la Sisyphe le sport cruel de devoir creuser
eux-mêmes leurs tombes d'autant plus profonde qu'ils ont voulu élever au plus haut le pinacle de leur mausolée.
En un mot, j'espère que vous trouverez
du plaisir au fil de ces pages et, peut-être, des illustrations de la
vertu dumicrocosme.
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