SOCIETE MUSEALE ALBERT FIGUIERA
Les Marionnettes
Donner de la vie aux choses inanimées. Projet divin qui, chez les hommes, a engendré le spectacle.
D'abord, l'acteur de chair, seul au milieu du théâtre puis, un peu plus tard, accompagné du chœur qui soutient son dramatique monologue. Nous sommes alors en Grèce, notre berceau.
Plus à l'est, aux mêmes temps et peut-être avant eux, l'Asie et ses ombres, ses caractères archétypes qui, unis ou divisés, luttent contre l'obscur donc l'obscurantisme.
Enfin, à l'ère moderne laquelle s'étend de l'écrit à sa disparition, c'est-à-dire aujourd'hui, l'idée d'agiter des acteurs de bois devint nationale et propre à chaque peuple. Ici, en Europe, l'agitateur se fait discret, voilé et seul apparaît son bras ganté de vie. Là-bas, au contraire, il est visible, démiurgique et justicier.
Passé dans le langage, le terme de « marionnette » couvre - et c'est bien le mot - cette idée selon laquelle le puissant n'apparaît jamais mais use d'un alter ego à sa ressemblance, dévoué car sans -état d'- âme, utile car compromis.
Au centre de cette pièce finement jouée, la marionnette mais, cette fois, devenue indépendante, interchangeable et se jouant du bras comme des fils. Là voilà libre !
Vu d'Eze, comme il paraît petit ce monde venu à nous comme ces colporteurs de jadis. Le monde urbain mais mal élevé, policé car contraint, unanime car aveugle.
"Ce que nous appelons notre volonté, ce sont les fils qui font marcher la marionnette, et que Dieu tire."
André Gide