SOCIETE MUSEALE ALBERT FIGUIERA
Après deux mois de silence, il est peut-être temps de reprendre nos écrits. Silence et non vacances, car si le premier équivalait à celles-là, il est certain que la mort serait bien davantage recherchée qu’elle ne l’est !
Plutôt, un temps passé à réfléchir, méditer même, sur la nature et l’objet de nos actions associatives.
Aussi, avons-nous pris des décisions.
Tout d’abord, nous nous sommes passés du concours municipal à l’instar de ces propriétaires qui, soucieux de faire visiter leur domaine, aiment à éviter les intermédiaires non pas tant pour ce qu’ils coûtent mais par souci de ne pas le voir transformer en « produit », sachant que cette réification est le commencement de la fin…
Au demeurant, cette « collaboration » pourrait devenir onéreuse si l’on sait – ce que nous avons appris récemment – que l’utilisation des locaux municipaux est assortie du paiement de locations tarifées (ainsi en va-t-il des diverses salles d’exposition du village). Pour autant, si nos deux conférences furent données en la salle des fêtes d’Eze et qu’il nous ne fut point demandé de contribution, il est non moins constant que nous en eûmes pour notre « argent ». C'est-à-dire bien trop peu.
Parlons bref, parlons bien. Jamais notre thèse de l’Eze microcosmique ne fut si vérifiée. Du « global » (traduisons : du mondial) vers le national en passant par les régions, quiconque se plaint et récrimine est suspect avant d’avoir pu terminer son exposé. Pourtant, n’est-il pas frappant de constater que tout l’éventail politique, sociologique (pour ne pas dire social) et même philosophique de notre assemblée humaine parvient dans sa quasi-totalité à un triste et consternant constat qui, s’il devait tenir en un mot, pourrait être désigné par : MEDIOCRITE et en deux : MEDIOCRITE TRIOMPHANTE et en trois : MEDIOCRITE TRIOMPHANTE MILITANTE.
Eze se meurt, Eze est mort ! Notre mission devient dont thanatologique et, dorénavant donc, laisserons-nous l’évocation de nos viscères (de notre histoire veux-je dire) à notre site principal qui sera repris et remanié dans les jours et semaines qui viennent. Quant à ces pages, elles seront destinées à recueillir, au jour le jour, les signes sismiques des derniers soubresauts de ce qui fut Avisio, Eza, Eze, une montage magique terrassée par des démiurges d’autant plus effrayants que disciples de Moloch, ils transforment l’or en plomb ! Certes, l’autochtone a sa part de responsabilité mais à sa décharge il convient de bien noter que le malheureux qui, lui, détenait l’or, l’avait pris pour du plomb !
L’œil des barbares de Maurice Barrès est, aujourd’hui, muni d’une caméra mais non point fait comme celui de Dieu Qui contemple Sa création qu’Il a faite libre sans avoir le sentiment de l’avoir ainsi punie. Non pas, hélas. Quelques Ezasques ont pu s’apercevoir à leurs frais de l’efficacité du système de surveillance digitale lorsqu’il s’agissait de réprimer quelques infractions imaginaires et de son aveuglement dès lors que l’un de ceux-ci voyait un de ses biens faire l’objet d’un sinistre. Mais le système « Echelon » a ses failles et la première est de faire que le Grand Frère (Big Brother pour les intimes) étale ses turpitudes en première page à la tranche toujours plus fétide de notre pain quotidien ; en un mot l’information.
Nous sommes informés. Et de l’illusion naquît la désillusion ! Illusion de tout savoir, désillusion de constater que, pour autant, rien ne change. Quelques exemples.
Il s’agit du détournement des lieux d’Eze. Nous l’avions déjà fustigé. Ainsi, en 1868, le Conseil Municipal d’Eze présidé par César-Marie Figuiera, mon trisaïeul, décide de faire l'acquisition d'une maison sise rue de la Paix, toute proche de la Mairie.
Les travaux envisagent la réparation et l'agrandissement de la Mairie et du presbytère déjà existants, l'école les jouxtant étant aménagée dans ce petit centre regroupant les services publics communaux du village alors que souvent l'instituteur fait office de secrétaire de mairie.
Cet ensemble fut par la suite alloué au prêtre desservant la Paroisse à la suite de l’édification d’une école plus importante au bas du village construite sous le mandat d’Albert Figuiera. Au demeurant, la figure la plus caractéristique de cette période demeure le Doyen Bonifassi qui, occupant avec sa mère et sa sœur ce que l’on était en droit de dénommer le Presbytère, avait obtenu l’autorisation de loger dans une cave confrontant le tout quelques gallinacées qui contribuaient utilement à sa relative maigre pitance quotidienne. Depuis les deux dernières mandatures municipales, cette sphère qui fut consacrée à l’instruction et la prière, se voit occupée en sa totalité par des satellites municipaux, proches ou lointains, tous connectés et qui depuis deux mois y exercent le commerce de restauration et autres ludiques occupations. Parmi celles-ci, s’y trouve incluse la visite du « Musée Victor Enzo », institution privée ouverte par notre Maire et lui appartenant. Notons au passage que le véritable musée d’Eze, celui qui fut fondé par Charles-Alexandre Fighiera et alimenté par les Ezasques, a été fermé depuis la fin du mandat de M. Charles Bénaglia, ancien maire. Victor Enzo n’est familier ni à Eze ni à Google et le lien que l’un et l’autre peuvent avoir avec Eze est si ténu qu’il serait bien difficile de le définir. L’Art ? Certes ; sans doute, mais l’entrée est payante à l’instar de toutes les portes publiques et commerciales d’Eze y compris celle qui ouvre sur les latrines.
Nos lecteurs les plus attentifs qui sauraient que le tout est attenant à une chapelle, laquelle fut édifiée au XIVème siècle pour y abriter la Confrérie des Pénitents Blancs et du Gonfalon se sont sans doute déjà étonnés qu’un débit de boissons eût la permission de s’y établir ? La Chapelle est gênante ? Fermons-la ! D’ailleurs fermons-la !
L’Eglise paroissiale de même puisqu’après avoir revêtu sa place de pierres glissantes et abruptes, le pendant à sa beauté simple, tout de laideur fait va être édifié au lieu-dit l’Aïghetta au motif que les morts non natifs d’Eze répugnent à gravir nos marches devenues par trop escarpées. Le fait que l’Eglise dont s’agit fût classée n’y changera rien. Fermons-la !
Comment ? Et notre Société, les Ezasques auraient laissé faire cela sans mots dire, sans maudire ? Là est la triste désillusion. Ce n’est pas faute d’avoir écrit, rédigé, envoyé, supplié, commis, manifesté, averti, admonesté, conseillé, etc. mais rien n’y fait.
Comment ? Comment voulez-vous qu’à Eze où sans quelques euros vous ne pouvez :
- vous garer
- uriner
- vous cultiver
- être considéré
vous trouviez ici cette qualité de résistance qui, n’en déplaise aux aigris, fut la qualité française que nous avions le plus prisée lors de notre Rattachement en 1860.
Nos lecteurs trouverons donc ici et dorénavant le quotidien d’une Société qui, pour être historique, a la sinistre déconvenue de vivre au sein d’un village (sic) devenu plus que touristique, plus que populaire, c'est-à-dire invivable. Peut-être également une sorte de « guide » anti-touristique destiné à ceux et celles qui, non munis d’euros mais héros en tête, voudraient percevoir le dernier reliquat de cette âme qui en faisant notre célébrité nous a perdus ! Vous pourrez toujours, si le cœur vous en dit, festoyer à la "La taverne des Gueux ", l’une des salles du ci-devant Presbytère. (Il s’agit bien là de l’intitulé du lieu tel qu'il est donné publiquement par ses tenanciers).
Pour les amateurs d’histoire pure (c'est-à-dire lointaine !), nous maintenons notre cap vers un rétablissement de la réalité qui fut la nôtre et, ce, sous le contrôle de M. Charles Astro, Conservateur du Palais Lascaris et des Antiquités des Alpes-Maritimes.
Enfin, j’indique que nous organisons régulièrement des réunions pour nos membres au siège social de notre Association. Nous sommes, bien sûr, à votre disposition pour de plus amples informations sur la façon d’y participer.