SOCIETE MUSEALE ALBERT FIGUIERA
Maison ruinée, début du 20eme siècle - Éditions Le Deley, Paris - Collection SMAF
Charles-Alexandre Fighiera a parfaitement analysé l'économie du village. Il en a brossé un tableau objectif et quasi scientifique.
Mes remarques seront donc d'un autre ordre.
Elles sont plutôt liées au fait que de nombreux visiteurs étrangers, à la fin du XIXe siècle ou même jusqu'à la seconde guerre mondiale, remarquaient que quelques îlots du village étaient ruinés et, ce, visiblement depuis longtemps. Ce fait est parfaitement explicable.
Pour reprendre l'expression de "domaine éminent" et de "domaine utile", rappelant celle romaine de "res mobilis, res vilis", il est indéniable que le seul bien qui eût de la valeur a été, depuis toujours, la terre cultivée.
Ainsi, il y a 300 ans, en 1702, les "colonnes cadastrales" d'Eze au nom d'Antoine Fighiera, grand-père de Ludovic le Capitaine au long cours, établissent qu'il est propriétaire de 20 biens immobiliers à Eze. De son chef et sur ces 20 propriétés, seulement deux maisons.
Les terres les plus chères sont celles dont l'emplacement est recherché, comme 12 "starate" à la Condamine, d'une valeur de 4000 lires, de même aux Costes, pour 750 lires. Autre richesse, le caroubier. Il possède à la Tortella une terre complantée de caroubiers d'une superficie de 15 "starate" et, bien sûr à la Font Rossa.
La maison familiale dite de la Piazza est évaluée à 150 lires, ce qui représente le prix d'environ un hectare de caroubiers. Son autre maison, très exactement en face de la maison de la Piazza, est évaluée à 25 lires, soit le prix de 4 parcelles pentues situées à la Callanca.
C'est celle-ci qui, dans les années 1930, se trouve dans l'état que nous voyons sur la photo ci-jointe, sera arasée par l'arrière-arrière-petit-fils d'Antoine pour y faire un jardin, pendant de la pergola sise rue de l'Église.
D'un excès à l'autre; Du temps où l'on rasait les maisons pour en faire des jardins, est-on passé à celui où l'on rase les jardins pour en faire des "maisons".
La raison en est bien simple. La terre nourricière, de rapport ou vivrière représente ce qu'elle produit, ni plus ni moins et la maison est comme incessible, siège de la famille et ne pouvant donner lieu à spéculation. Il s'agit là, bien sûr, du passé.
Aujourd'hui, alors qu'Eze est amputée des deux tiers de sa superficie (l'Eze de 1702 comprenait le territoire de Laghet, La Trinité, une partie de Villefranche et maraudait aux confins de La Turbie), le rapport s'est inversé. La terre est recherchée mais pour y bâtir.
Enfin, il est également vrai que les familles d'Eze ont vendu les biens familiaux.
Une maison se vendait à Eze en 1945 au prix de ses impôts locaux annuels!