SOCIETE MUSEALE ALBERT FIGUIERA
Sans aucun doute, son père ou lui-même, auront vu le phénomène.
Trois heures de l'après-midi. Nous sommes en avril, plus exactement l'année 1780.
Comme chaque matin, après avoir ouvert les doubles volets de la fenêtre de sa chambre, l'habitant regarde d'abord dans la direction de l'Est pour y percevoir quelque nuage annonciateur de pluie, d'orage ou d'éclaircie. La veille, la lune lui aura dit les caprices du vent.
Monsieur Michaut, architecte à Nice, aura, quant à lui, été bien surpris car personne ne lui a appris à prévoir de cette façon si empirique.
C'est ce qu'il écrit à M. Faujas de Saint-Fond :
"... grande agitation de la mer, bouillonnait comme aurait fait l'eau d'une immense chaudière par l'action d'un feu violent. Cet espace était environné d'une enceinte ou atmosphère de vapeurs blanchâtres et diaphanes, imitant la figure d'un ballon, qui ne s'élevait que ce qui était nécessaire pour envelopper l'aire bouillonnante et conservait un état de tranquillité sans rotation, tandis que le tout avançait en obéissant au vent. Une trombe sortie des nuages avancés d'un orage avait son extrémité inférieure et très amincie au milieu de cette aire bouillonnante...
"... le bout supérieur, très aminci et diminué de toute l'épaisseur déchirée, tenait toutefois au reste et continuait à pomper l'eau que l'on voyait également monter dans la nue, tandis que le reste inférieur de la trombe, qui avait conservé ses premières dimensions, voltigeait au gré du vent en s'allongeant et se raccourcissant, sans jamais abandonner le bouillonnement qui subsistait sur la mer et qui marchait comme la nue, de l'est, à l'ouest...
"... mais un moment après son passage, il tomba d'abord une espèce de neige glacée et réduite, en grenaille , et ensuite une pluie orageuse. On la vit de loin s'amincir, et bientôt après remonter vers les nues à la vitesse de l'éclair."
Hier encore, cette fois des trombes s'abattirent sur le village et, comme au temps de notre épistolier, l'effet fut à nouveau des plus saisissant.