SOCIETE MUSEALE ALBERT FIGUIERA
Siège de la Société Muséale Albert Figuiera
Eze, en hiver, n’est pas sans rappeler le scénario du film « I am Legend » dont Will Smith est l’acteur principal.
Une cité vidée, revenue à l’état sauvage où le « héros », accompagné d’un chien – compagnon idéal des soirées solitaires du lieu –doit finalement l’achever après une attaque aussi prévisible que soudaine d’êtres indéfinis venus d’un néant d’autant plus inquiétant qu’il n’est pas localisable.
Le rédacteur des présentes a déjà pu être le témoin de tels faits en 1986 lorsque l’incendie du siècle poussa nos hôtes à quitter d’autant plus rapidement nos lieux qu’ils n’y avaient aucun intérêt.
J’entends encore les radios et télévisions allumées au sein des commerces laissés en déshérence.
Le syndrome des « cavernes » revient ici comme au bon vieux temps des invasions. Oreilles aux aguets, bougies prêtes au cas où si, par impossible, l’électricité était coupée – elle le fut deux fois cette année et rameuta les commentaires de la presse nationale -, frigidaire scellé de peur de voir son contenu perdu puis, le silence s’installant, les derniers habitants à l’écoute de quelque bruit qui pût figurer quelque vie. Mais, finalement, rien….
Pourtant, la journée venue, les travaux continuent, que dis-je s’amplifient à mesure que les institutionnels sachant qu’ils vont fermer se garantissent l’impunité de leurs constructions illégales consacrées par le silence des uns et la lâcheté des autres..
Journée achevée par une visite au cimetière après la traversée du nième chantier, parsemé d’embûches qui, en ville, vaudraient à leurs auteurs poursuites et injonctions.
Nos morts, d’autant plus silencieux que leurs cendres sourdent de la terre après que le séjour des morts ait été ragaillardi par l’équipe sortante, attendant de s’enfoncer plus avant dans la glèbe et le roc.
L’atmosphère est si tendue que d’aucuns s’attendent à voir sur nos portes le signe de sang de l’exode annoncée. Pharaon devant nous courser jusqu’au seuil de la terre promise, nous qui, à tort, avions cru y être déjà. Et pourtant, chacun est satisfait. Voilà sans doute la cause de la plus grande peur qui eût jamais saisi un mortel : l’inconscience de l’humain qui est d’autant plus aveugle qu’il se croit éclairé.
Notre Eze n’est plus ! Notre tâche en est d’autant plus imposante, exigeante et difficile. Et c’est donc ici que ses défenseurs resteront d’autant plus fermement que le votum de la masse est de les voir quitter les lieux. Ils y demeureront vivants et une fois morts feront comme leurs pairs : attendant le même signe sur la porte de leurs caveaux pour se lever et persister à dire non à tant d’incurie. Certes, il s’agit là d’un rêve mais, pour autant, l’œuvre n’est pas achevé.
La vraie prière de l’Ezasque consiste en cette promenade nocturne qui lui montre la voie, sombre, tortueuse, noire et pourtant si claire. Il faut rester ! Coûte que coûte.