Dimanche 8 mars 2009 7 08 /03 /2009 21:15



Il est, selon moi, un critère de beauté et d'intérêt d'un site qui, à l'inverse de beaucoup d'autres, ne vulgarise ni ne rend médiocre son objet.


La comparaison est inopérante. Ainsi, dire qu'Eze ressemble au Mont Saint Michel est aussi indigent qu'assimiler Bruges à Venise.


L'exagération, quant à elle, conduit à d'irréparables errements. Eze, le plus beau village de France, par exemple. Clamée, en général par ceux qui en éradiquent la moelle, une telle assertion fait fi avec légèreté d'autres fiertés de clochers qui, après tout, en valent bien d'autres qui ne voisineraient pas avec les métropoles ou les stations balnéaires à la mode.


La spécialisation. "Eze...", lit-on à l'entrée de la Place du Centenaire : "Village de l'Art et de la Gastronomie". Que viendraient donc faire ici les aveugles et tous ceux qui n'ont pas fait d'Epicure leur maître?


Non à tout cela. Plutôt, tentons de ressentir ce qui fait d'Eze un lieu particulier. Au fil des années, je crois l'avoir trouvé par un biais qui pourrait s'appliquer à bien d'autres lieux.


Le monde, depuis l'aube des temps, a fait jaillir de son sein des hommes et des femmes dont la vocation a été, est et sera d'être UNIVERSELS. Artistes, le plus souvent et, ce, dans les disciplines de toutes les Muses réunies mais aussi philosophes qui, tous, répondent à cette noble définition de "La Nuit des Rois" de William Shakespeare :


"Il en est qui naissent grands... et d'autres qui conquièrent les grandeurs..." (Acte III, scène 4)


Précisément, en voilà un! Shakespeare. Aussi peu anglais qu'il est possible dans ses scènes d'Italie, de Danemark ou si oniriques qu'elles lui font déclarer dans la "Tempête" :


"Nous sommes faits de la même étoffe que les songes et notre petite vie, un somme la parachève."

Qui ne rêve de voir monter à Eze les "Songes d'une Nuit d'Été" ou "Roméo & Juliette"? Mais il est vrai que l'on a pu entendre ici que "L'Art ne rapporte rien"! *


Nul mystère, pourtant. Le premier des traducteurs de Shakespeare n'aurait pas pu être mieux trouvé : Victor Hugo. Son illustrateur aussi et j'en viens à mon équation.


Eze semble ne devoir mériter que l'Universel et le meilleur que cette énergie planétaire ait pu produire.


Ainsi, ce dessin qui figure en tête de ce petit essai, me semble mieux figurer qu'aucun autre la vraie nature d'Eze. Claire et obscure, monolithique et pourtant légère, clairement mystérieuse et telluriquement implantée comme une aiguille sur la chair de la terre.


Victor Hugo, lui qui disait "J'habite l'azur noir", n'est jamais venu à Eze, certes, mais au fil d'une œuvre vite tracée, comme il l'a fait avec les mots, l'universalité de son message vient s'appliquer tel un calque à une réalité, la nôtre, qui ici diffère d'ailleurs. La beauté vient de cette différence. Bien sûr, il s'agit de Saint Malo, mais est-il interdit de rêver, également en lisant cette description que je voudrais d'Eze et qui, finalement, le devient :

"De masure à sorcière il n'y a pas loin. Leurs étages rentrants, leurs surplombs, leurs auvents circonflexes et leurs broussailles de ferrailles simulent des lèvres, des mentons, des nez et des sourcils. La lucarne est l'œil, borgne. La joue, c'est la muraille, ridée et dartreuse. Elles se touchent du front comme si elles complotaient un mauvais coup. Tous ces mots de l'ancienne civilisation, coupe-gorge, coupe-trogne, coupe-gueule, se rattachent à cette architecture."


En un mot, cherchez l'illustrateur idéal d'un lieu, qu'il fût doté d'une plume ou d'un pinceau, et vous saurez où vous êtes.

A Eze, théâtre d'ombres, nous sommes chez Hugo et Shakespeare.


* Il y a plus de trente ans, sur le parvis de l'Eglise d'Eze, j'ai pu assister à l'une des plus belles représentations du "Don Juan" de Molière à laquelle il m'ait été permis d'assister et donnée par la Compagnie Bernard Fontaine. Mais, il est vrai, il y a plus de trente ans...

Par Xavier Cottier - Publié dans : Essai...
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Samedi 7 mars 2009 6 07 /03 /2009 21:54


Nous sommes aux mois de mars et avril 1931. Notre cousine germaine la Baronne Raiberti prête au Musée Masséna, qui consacre une exposition exceptionnelle au Second Empire, le portrait que voici représentant notre ancêtre commun en uniforme de maire.

La branche d'Eze, les Figuiera, sous l'entrée 276 du catalogue (que nous tenons à la disposition de nos membres et des chercheurs), présente le bracelet offert en avril 1860 par l'Impératrice à Clorine Malausséna.



Cet objet fut, dans les années 1990 (documents disponibles pour nos membres) offert par ma mère, Clorine Cottier-Abeille et moi-même aux collections de S.A.S. le Prince Rainier de Monaco.

Ce geste était destiné à rendre visible par tous ce témoignage historique, grâce à l'entremise des grandes collections monégasques et clouer le bec par anticipation à ceux qui parlent de bénévolat et de dévouement à Eze.

Service inutile à la Montherlant sachant, maintenant avec certitude, que peu sont ceux et celles qui se soucient vraiment du patrimoine Ezasque, cela dit avec d'autant moins d'amertume que les preuves de cette affirmation abondent et affleurent au sol de notre commune aculturé comme les tegulae à celui de l'Urbs.

De nos jours, sont davantage considérés ceux et celles qui donnent d'autant plus qu'ils n'ont rien; paradoxe à la française qui fait le charme de notre pays et lui a fait toujours courir bien des risques et, au premier plan, celui d'être ridicule. Il n'y a pas échappé récemment...



Par Xavier Cottier - Publié dans : Nice 1860, Annexion ou Rattachement?
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Vendredi 6 mars 2009 5 06 /03 /2009 22:36


Puis, nos deux compères continuant leur promenade tombent sur l'envers du décor et le légendent ainsi qu'il suit :

"Tous les petits villages de l'arrière-pays de Nice n'ont pas été restaurés aussi radicalement que Eze..."

Que diraient-ils aujourd'hui? Nul ne le sait mais nous pourrions leur répondre amicalement qu'au moins il y avait de la vérité dans cette effondrement, de la franchise même et que si Pierre le Grand a présenté Saint Petersbourg à sa femme sous forme d'une toile peinte géante, la démarche contemporaine est pire que celle du Tsar en considération du résultat, car que restera-t-il d'authentique d'Eza au jour proche où ses vrais habitants l'auront quitté?

Puis ils rencontrent Michel-Marie Poulain. Ils eurent de la chance car elle en valait la peine. Je me souviens encore de ses jupes "soleil" et de ses conversations avec mon père tournant autour de leur régiment commun, le 11ième Cuirassier.

Nos auteurs voient donc juste en écrivant : "... où habite durant l'été le remarquable peintre Michel-Marie Poulain que l'on voit ici près d'un de ses tableaux."


De la douceur de vivre décrite par Talleyrand à l'Eze que nous défendons il y a plus d'un pas, certes mais le rapprochement est saisissant. Quelques années, quelques hommes suffisent pour défaire ce que d'autres mirent tant de temps et eurent tant de mal à édifier.
Par Xavier Cottier - Publié dans : Documents
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Jeudi 5 mars 2009 4 05 /03 /2009 22:28


Toujours tiré de ma bibliothèque, ce petit opuscule sans mention d'éditeur, ni de date, ne portant en couverture que le nom du photographe : Nico Jesse et du rédacteur des légendes : Gilbert Ganne, à l'intitulé prometteur en ces années 1950 : la Côte d'Azur.

Sur Eze, deux pages - soit quatre clichés - tous inédits et pleins de saveurs, de charme et de mélancolie.

Ici, le jardin exotique proche de son ouverture, où une passante se couvre le visage de quelque publication locale, étonnée qu'elle est de voir le photographe s'intéresser à elle. Puis, sur la page de droite, le garde champêtre d'alors, Victor Asso, que j'ai connu portant plutôt le chapeau colonial en toile écrue, muni de son étui d'arme réglementaire -il avait servi en Afrique- contenant son en-cas.

D'un ton ironique (qui n'était pas alors aussi coupable qu'aujourd'hui), l'auteur nous dit : "Le Jardin Exotique à Eze est placé sous une surveillance constante..." Et cela est d'autant plus drôle que cela était vrai!

A suivre...
Par Xavier Cottier - Publié dans : Documents
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Mercredi 4 mars 2009 3 04 /03 /2009 23:08

En ce mois d'août 2007, le magazine « Point de Vue » (n° 2083 - Semaine du 22 au 28 août 2007), consacre quelques pages à Eze, au Château Eza et son « inventeur », le Prince Guillaume de Suède.


L'organe de presse ayant contacté l'Office du Tourisme, celui- ci - faute sans doute de trouver ailleurs -, sollicita mon intervention au titre de conférencier.


S'agissant du Prince de Suède, je fus d'autant plus motivé que ma mère, qui venait de nous quitter quatre mois plus tôt, l'avait côtoyé et sa tante, Marcelle Figuiera, fut son amie au titre de leur partage de convictions bonapartistes (chacun sait que le Prince descendait des Bernadotte).


Devant un auditoire attentif et de qualité (ce qui fut aussi le cas pour mes récentes prestations écourtées), je pus à la fois présenter des objets ayant appartenu au Prince et qu'il offrit à notre famille et, plus important encore, mentionner au titre de ce Journal des Rois le fait que le grand suédois devait sa grande bâtisse aux talents de Bergaglio, maçon inévitable de l'Eze des années 1920 et faiseur de miracles.


Ma tentative de reprise de ce cycle de conférences (entamé il y a bien des années sous le mandat de M. Charles Benaglia, alors maire d'Eze et dont je salue rétrospectivement la gestion) fut, disons-le, un échec en raison, mutatis mutandi, du changement de nature tant de ladite municipalité, que de l'Office du Tourisme et du nouvellement ressuscité Comité des Fêtes.


Pour la première, son souci - sans doute louable - d'économie fait qu'il ne semble pas vouloir consacrer le budget nécessaire à de tels évènements qui, il est vrai, ne sont pas lucratifs puisque votre serviteur est, bien sûr, bénévole! (Je note là la contradiction puisque ce syllogisme eut également raison de la conscription!). Pour le second, sa « municipalisation » a auguré une ère toute dévouée au passant qui passe, c'est-à-dire au « touriste ». L'habitant, Cousin Pons de la nomenclature Ezasque, n'intéresse plus grand monde. Quand au dernier, soit le Comité des Fêtes, il est un Comité en effet, un petit Comité qui s'organise des fêtes pour lui-même (consultez le site du Comité des Fêtes et vous verrez davantage d'organisateurs que de participants) et tente de mettre son sceau sur le travail des autres.


J'avais proposé notre cycle de conférences au Comité des Fêtes le 10 octobre 2008. Celui-ci me répondait le 24 novembre 2008. L'histoire peut attendre. Des dates furent fixées, sur l'affiche apposés les timbres respectifs de la Municipalité et du Comité, puis décidé - sans que je sois consulté ou qu'il me soit loisible d'en discuter le bien-fondé - de n'afficher l'évènement qu'une semaine avant celui-ci. S'agissant de la conférence du 6 mars, le disciple de Maurice Clavel que je suis, n'a pas trouvé à son goût la suppression de certains éléments de l'affiche. Mes observations ne furent point, non plus du goût du dit Comité des Fêtes. Si fait, je me retire. Voilà tout.


Une conférence ne se prépare pas dix minutes avant son commencement, ni ne s'annonce une semaine à l'avance.


Je remarque d'ailleurs que ma demande faite à la municipalité de voir la Société Muséale Albert Figuiera s'adresser aux Ecoles d'Eze pour présenter quelques éléments d'histoire locale aux jeunes élèves est restée sans réponse.


Nous avons donc décidé d'arrêter définitivement toute collaboration avec les institutions susdites (auxquelles j'ouvre ces pages pour leur droit de réponse) et de lancer un nouveau cycle du type de celui énoncé au début des présentes. Dans un premier temps, elles débuteront à notre siège et seront réservées à nos membres. Puis, et cela le plus vite que nous le pouvons, seront ouvertes à un plus large public.


Le grand mérite de l'association « à la française » est la grande liberté que lui donne la loi. Certes, elle implique de grandes responsabilités (ce qui a semblé échapper aux organisateurs susdits) mais son honneur est, depuis 1901, d'avoir permis à tous et chacun d'exprimer qui une passion, qui un intérêt et d'autres leurs connaissances.


Enfin, je reconnais que l'histoire d'Eze est devenue une science médico-légale et que la recherche à son sujet tient plus de l'autopsie que de la chirurgie réparatrice (il est des dommages irréparables), mais si nous ne nous en soucions pas qui d'autre va s'y consacrer ?


Là est notre simple mission et si notre verbe ici déplait, il trouvera ailleurs d'autres oreilles plus bienveillantes.

Par Xavier Cottier - Publié dans : Questions
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Mardi 3 mars 2009 2 03 /03 /2009 23:36

Eze - "Excursions de la Grande Corniche " - Le Belvédère 1930

Ce cliché tiré de notre bibliothèque et de la brochue éditée en son temps - les années 1930 - par le "Belvédère", montre un Eze inchangé où, fière, trône l'Eglise paroissiale, le château et ses reliefs erratiques, outre ce pan du viaduc qui indique le "modernisme".

Finalement, c'est de loin qu'Eze est le plus beau que cette distance fût géographique, morale et, même, philosophique. Ici, Chers Lecteurs, le quotidien est devenu si quotidien que nous n'avons besoin ni de montres, ni de repères. Demain, l'avenue du Jardin Exotique restera barrée - comme la route du fer -, comme elle le fut jadis sous l'ancien régime et notre avis, plutôt un satisfecit, ne nous sera sollicité, quémandé, que dis-je mendié, qu'au prochain tour d'élections qui sont d'autant moins vraiment libres qu'elles sont faites d'avance.

Chacun peut obtenir cette vue d'Eze mais peu l'ont inscrite au tréfonds de leur âme. Elle montre, au côté, ce carré de cimetière où seuls finiront ceux qui conservèrent pieusement le souvenir, parfois amer par comparaison, d'une autre vie qui fut de lumières, de ris, de chants et de bonheur.

Notre Société, qui est plus libre que jamais, n'a pour but que celui-là. Raviver les couleurs, les hisser et dire haut ce que d'aucuns ne pensent plus, même tout bas.

L'époque "Sarrazine" n'a vraiment jamais été entamée que maintenant! Que l'on fut Avérroes ou Soliman, Eze n'est plus cet abri de l'intelligence et du supplément d'âme.

"Il existe des conceptions vulgaires tout à fait suffisantes pour la vie pratique ; elles doivent même être la nourriture des hommes. Elles ne suffisent cependant pas à l'intelligence."
Averroès
Par Xavier Cottier
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Lundi 2 mars 2009 1 02 /03 /2009 22:44
Par Xavier Cottier - Publié dans : Essai...
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Dimanche 1 mars 2009 7 01 /03 /2009 22:50
Comme à chaque "Disneylisation" - parfois l'usage du barbarisme est indispensable - du village lors d'un évènement privé, nul ne fut surpris de voir les huis fermés à toute entrée et interdit tout stationnement de véhicule, ce dès la veille du 22 juin 2002.

La "Disneylisation" consiste en l'utilisation privative de lieux publics à des fins récréatives. Elle est, depuis quelques années, non pas courante mais pratiquée à Eze tel un sacrifice consenti au nouveau Baal, Moloch des temps "nouveaux" : le divertissement des uns et la contemplation des autres.


L'idée serait bonne si chacun pouvait y participer comme au début du siècle dernier où quiconque, quidam passant par hasard sur la place publique au moment où festoyait un groupe, se voyait convié à partager la joie des célébrants. Ce fut le cas en 1919, forte année de mariages, lorsque ma grand-mère et ma tante, les filles du maire d'Eze, virent à quelques mois de différence tous les habitants d'Eze partager leur liesse sur ce qui est actuellement le parking .


Je veux parler du mariage de U2. A titre de citation, voilà l'article qui parut dans Nice-Matin à la suite de l'évènement :


U2 à Eze pour un mariage. par Nice-Matin. le 23 juin 2002
U2 à Eze : noce entre amis pour Dave Evans alias The Edge
Le guitariste et chanteur du groupe mythique, avait choisi le village perché pour une célébration au Jardin exotique

Le secret avait été bien gardé. Mais il y a quelques jours déjà, quelques trublions avaient vendu la mèche sur Internet : Dave Evans alias The Edge, le guitariste chanteur de U2 allait fêter son mariage sur la Côte d'Azur et à Eze.
Ces fuites ne révélaient cependant pas la date. Mais hier après-midi, les indices ne manquaient autour d'Eze pour dévoiler un événement d'une certaine ampleur. Le yacht de Bono (Paul Hewson) était mouillé en lisière de plage, en face de son immense villa donnant sur la plage d'Eze, le ballet des limousines s'organisait autour du Château de la Chèvre d'Or, et le Jardin exotique était " réservé " de 14 à 19 heures.
Bref les jeunes mariés du groupe qui auraient déjà échangé leurs consentements mutuels en Irlande, pouvaient surgir à tout moment dans les ruelles d'Eze. C'est ce qui se produisit d'ailleurs. On vit " The Edge " coiffé d'un bonnet noir et Bono sortir d'un salon d'habillage improvisé, devant quelques touristes attablés et partir à l'assaut du Jardin Exotique. Adam Clayton et Larry Mullen Jr n'étaient pas loin. La mariée dans sa superbe robe qui rendait délicate l'ascension des marches avait préféré comme point de départ la suite que le couple occupe au Château de la Chève d'Or.
Discrètes célébrités
Dave Evans et celle qui partage sa vie depuis un certain ZooTV tour en 1993 où elle était danseuse et chorégraphe, Morleigh Steinberg, se retrouvèrent donc au sommet du village. Grâce à la complicité bienveillante de la mairie d'Eze, le Jardin exotique était réservé au couple et à ses deux cent cinquante convives, amis et célébrités.
Car les escaliers d'Eze virent passer hier après-midi par Bob Geldoff, Helena Christensen, Denis Hopper, Lenny Kravitz, et bien d'autres qui auraient été vus comme Quincy Jones.
Mais ces ruelles discrètes, les larges lunettes de soleil étaient aussi assez propices pour dissimuler toutes les célébrités présentes. Et la cérémonie dans le Jardin exotique strictement privée.
On murmurait simplement que les gestes du mariage officiel y avaient été refaits. Certainement pour répondre aux idées religieuses profondes du couple.
On se souvient que The Edge avait baptisé " Shalom " son groupe (avec Bono et Larry) en 1980 et qu'il avait même songé un instant arrêter le rock and roll.
A l'issue de cette cérémonie, vers 19 heures, la noce a redescendu les ruelles pour les jardins du Château de la Chèvre D'or.
Sur les restanques, les vedettes, les amis croisaient de nombreux enfants. Parmi eux il y avait peut-être les trois filles de David Evans, nées d'un premier mariage et les deux enfants auxquels Morleigh Steinberg a donné le jour.
Le maire d'Eze, Noel Sapia et le secrétaire général de la mairie, Pierre-Paul Leonelli, ont accueilli les mariés pour les féliciter. Depuis huit mois en effet la mairie était au courant de ce projet de festivités dont elle a facilité l'organisation.
Bono a même plaisanté avec Noel Sapia. Le maire d'Eze évoquait l'entrevue du leader de U2 dans son rôle caritatif, avec Jacques Chirac. Bono l'a alors rassuré : " Je ne demande rien au maire d'Eze... mais énormément au président de la République. "
Très souriante et très entourée la mariée laissait pendant ce temps glisser sa traine claire sur le gazon. Un peu plus loin, le co-fondateur de Microsoft, Paul Allen, un passionné au dernier degré de Rock'n'Roll et de guitares s'amusait du spectacle avant certainement de songer à la descente vers la villa du bord de mer. Car une fête attendait les trois cent cinquante invités jusqu'au bout de la nuit...
Rémy DONCARLI"



Non, il faut le dire, tout fut rondement mené, comme toujours. Simplement, le quidam d'aujourd'hui se pose des questions. Pourquoi vouloir passer inaperçu et convier la gendarmerie nationale, laquelle visiblement à d'autres tâches à mener? Pourquoi parler de "rôle caritatif" et dépenser en une journée, tant argent public que privé, des sommes de nature à faire vivre toute une région du Sahel pendant un an? Que dis-je!


Cette péripétie estivale eut au moins pour mérite de donner de l'importance à ce et ceux qui n'en ont pas. Je sais, je sais... tout cela sent son paysan du Danube. C'est vrai aussi vais-je me faire le plaisir de reprendre cette belle fable, presque une parabole de Jean de la Fontaine et vous demande de la retenir bien plus que ce qui précède :



Le Paysan du Danube



Il ne faut point juger des gens sur l'apparence.

Le conseil en est bon ; mais il n'est pas nouveau.

Jadis l'erreur du Souriceau

Me servit à prouver le discours que j'avance.

J'ai, pour le fonder à présent,

Le bon Socrate, Esope, et certain Paysan

Des rives du Danube, homme dont Marc-Aurèle

Nous fait un portrait fort fidèle.

On connaît les premiers : quant à l'autre, voici

Le personnage en raccourci.

Son menton nourrissait une barbe touffue,

Toute sa personne velue

Représentait un Ours, mais un Ours mal léché.

Sous un sourcil épais il avait l'oeil caché,

Le regard de travers, nez tortu, grosse lèvre,

Portait sayon de poil de chèvre,

Et ceinture de joncs marins.

Cet homme ainsi bâti fut député des Villes

Que lave le Danube : il n'était point d'asiles

Où l'avarice des Romains

Ne pénétrât alors, et ne portât les mains.

Le député vint donc, et fit cette harangue :

Romains, et vous, Sénat, assis pour m'écouter,

Je supplie avant tout les Dieux de m'assister :

Veuillent les Immortels, conducteurs de ma langue,

Que je ne dise rien qui doive être repris.

Sans leur aide, il ne peut entrer dans les esprits

Que tout mal et toute injustice :

Faute d'y recourir, on viole leurs lois.

Témoin nous, que punit la Romaine avarice :

Rome est par nos forfaits, plus que par ses exploits,

L'instrument de notre supplice.

Craignez, Romains, craignez que le Ciel quelque jour

Ne transporte chez vous les pleurs et la misère ;

Et mettant en nos mains par un juste retour

Les armes dont se sert sa vengeance sévère,

Il ne vous fasse en sa colère

Nos esclaves à votre tour.

Et pourquoi sommes-nous les vôtres ? Qu'on me die

En quoi vous valez mieux que cent peuples divers.

Quel droit vous a rendus maîtres de l'Univers ?

Pourquoi venir troubler une innocente vie ?

Nous cultivions en paix d'heureux champs, et nos mains

Etaient propres aux Arts ainsi qu'au labourage :

Qu'avez-vous appris aux Germains ?

Ils ont l'adresse et le courage ;

S'ils avaient eu l'avidité,

Comme vous, et la violence,

Peut-être en votre place ils auraient la puissance,

Et sauraient en user sans inhumanité.

Celle que vos Préteurs ont sur nous exercée

N'entre qu'à peine en la pensée.

La majesté de vos Autels

Elle-même en est offensée ;

Car sachez que les immortels

Ont les regards sur nous. Grâces à vos exemples,

Ils n'ont devant les yeux que des objets d'horreur,

De mépris d'eux, et de leurs Temples,

D'avarice qui va jusques à la fureur.

Rien ne suffit aux gens qui nous viennent de Rome ;

La terre, et le travail de l'homme

Font pour les assouvir des efforts superflus.

Retirez-les : on ne veut plus

Cultiver pour eux les campagnes ;

Nous quittons les cités, nous fuyons aux montagnes ;

Nous laissons nos chères compagnes ;

Nous ne conversons plus qu'avec des Ours affreux,

Découragés de mettre au jour des malheureux,

Et de peupler pour Rome un pays qu'elle opprime.

Quant à nos enfants déjà nés,

Nous souhaitons de voir leurs jours bientôt bornés :

Vos préteurs au malheur nous font joindre le crime.

Retirez-les : ils ne nous apprendront

Que la mollesse et que le vice ;

Les Germains comme eux deviendront

Gens de rapine et d'avarice.

C'est tout ce que j'ai vu dans Rome à mon abord :

N'a-t-on point de présent à faire ?

Point de pourpre à donner ? C'est en vain qu'on espère

Quelque refuge aux lois : encor leur ministère

A-t-il mille longueurs. Ce discours, un peu fort

Doit commencer à vous déplaire.

Je finis. Punissez de mort

Une plainte un peu trop sincère.

A ces mots, il se couche et chacun étonné

Admire le grand coeur, le bon sens, l'éloquence,

Du sauvage ainsi prosterné.

On le créa Patrice ; et ce fut la vengeance

Qu'on crut qu'un tel discours méritait. On choisit

D'autres préteurs, et par écrit

Le Sénat demanda ce qu'avait dit cet homme,

Pour servir de modèle aux parleurs à venir.

On ne sut pas longtemps à Rome

Cette éloquence entretenir.

Par Xavier Cottier - Publié dans : Essai...
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Samedi 28 février 2009 6 28 /02 /2009 22:01

                                             Gravure sur bois - H.M. Bessy - "Academia Nissarda" - Collection XC



Ce 3 juin 1928, l'Academia Nissarda tient son banquet à Eze.


Le menu est joliment illustré par une gravure sur bois de l'artiste H. M. Bessy.


Les érudits locaux sont bon vivants et ils vont arroser d'un vin de Bellet (rouge et blanc nous indique-t-on), le copieux déjeuner que voici :


"Antipast Nissart

Pissaladiera

Loubas

Filet de boù

Tantifla nouveli

Poulas roustit

Spargou et Salada

Froumai

Frucha

Café"


Leur publication, "Nice Historique", demeure encore l'une des meilleures sources d'histoire locale et aucun Niçois qui se respecte n'aurait pu se passer de sa collection. Il le peut encore moins aujourd'hui.


Par Xavier Cottier - Publié dans : Documents
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Vendredi 27 février 2009 5 27 /02 /2009 21:54


Puis, bientot, "ils" fermèrent les uns après les autres. L'épicerie du village, après cent ans ou presque, fermée; d'autres ouvertes puis fermées à leur tour. Restaurants, petits ou grands, "A Votre Eze, Chez Justin", fermé; la "Taverne" fermée, puis une autre ouverte; L'"Olivetto", fermé; Marseille de Crédit, fermée, Société Générale, fermée! Les banques, même les banques... Et pourtant... Dieu sait que l'argent les aime!

L'Eglise paroissiale annonce - le goupillon parle par le sabre- que les Messes ne seront plus dites à Eze; après avoir fermé la Chapelle des Pénitents.

Portes de résidents, d'habitants, en un mot d'indigènes, fermées les unes après les autres. Et l'on se réunit pour savoir comment l'on va pouvoir être agréable aux commerçants, leur trouver un parking, lesquels le soir partent plus vite qu'ils ne sont arrivés après s'être lancé un "Bon courage" que nous méritons bien plus qu'eux, car nous, nous restons!

Maisons vendues puis laissées vides : rue de l'Eglise, rue des Agaves, etc....

Plages closes, petits établissements laissés en jachère, chemins ignorés et grevés de ronces; pays qui meurt et le sait car le Pays lui le sait qu'il meurt.

Hausser le ton avant de mourir comme le Général Cambronne qui nous fut conté par Victor Hugo qui est d'autant plus grand que rien n'a pu le faire taire.

La cloche d'Eze sonne toujours car c'est un robot qui l'anime et là est le danger. Illusion de vie au coeur d'un tombeau.

Trop de justice ou d'injustice alors qu'en ce mois de mars 1959, "pour avoir construit à Eze un chalet préfabriqué démontable, sans avoir obtenu l'autorisation requise du ministère de la construction, MM. M. B. 50 ans, débitant de boissons à T. (Gard) et P. N. 49, ont été condamnés chacun à 350 francs d'amende".... Que notre France d'aujourd'hui appliquât ses lois de la même rigueur et voilà que le Nid d'Aigle d'Eze, l'aire, se trouverait plus sûrement décimé qu'aux temps de Rome; car, Cher Lecteur, tout ce qui précède est le fruit d'une grand incurie, d'une grande injustice.

Un peu plus tard, soi le 30 mars 1964, ma mère pouvait écrire "Le village baigne dans le silence et la pluie qui tombe".... sachant qu'un jour, effectivement, tout allait fermer, que les condamnations seraient d'un autre ordre pour en finir avec le vrai, le beau, l'essentiel. Nous n'avons même plus le droit au silence; quant à la pluie, il faut la canaliser puis la perdre...

Visiteurs, vous qui passez, passez! Il n'y a plus rien à faire d'autre... mais si vous visitez le cimetière - ce que vous faites nombreux - pensez que chaque nom gravé à la pierre tombale des uns et des autres conte davantage de vies qu'il n'en sourd aujourd'hui du béton tartiné à desseins sur les lettres capitales de ceux qui firent Eze : les Ezasques.

C'est humblement en leur nom que nous parlons car leur sort est le nôtre. Quant à reconnaître l'arbre à ses fruits, l'amertume de nos desserts en dit long sur la cuisine des rustres, des cuistres et barbares de tous styles.

Ces quelques lignes pour clamer haut et fort, tout simplement, que s'ils ont fermé bien des choses, ils ne nous empêcheront nullement et jusqu'au bout de clamer notre certitude d'avoir connu la douceur de vivre, passée et l'enfer contemporain qui, quand bien même arrosé de lumières d'autant plus vives qu'elles sont artificielles, nous rappelle que Dante a connu nos paysages.

Aimer Eze consiste à demeure au chevet du mourant. Cette démarche fut la mienne pour ceux que j'aimais et continue à aimer. Les absents n'ont pas toujours tort, certes mais ils mourront aussi ... mais seuls....


"La conviction est la volonté humaine arrivée à sa plus grande puissance."
Honoré de Balzac







Par Xavier Cottier - Publié dans : Essai...
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