Une rareté :
(C) Musée d'Orsay, Dist RMN / Alexis Brandt
SOCIETE MUSEALE ALBERT FIGUIERA
Aujourd'hui, cette carte légendaire montrant à la fois la Chapelle des Pénitents Blancs et la maison de Francis Blanche.
Nul n'a pu savoir, à l'époque, si elle se vendait si bien par piété à l'endroit de l'une ou d'admiration pour le dernier.
Nous évoquerons plus tard la présence de Francis Blanche à Eze qui, au même temps que ce cliché Giletta, me souhaitait un joyeux Noël.
Une très belle série de cinq clichés Giletta datant des années 1950/1960.
Cet éditeur, dont les fonds iconographiques sont considérés comme autant de réserves "ethnographiques", évolue avec le temps puis, face aux nouvelles sources commerciales du tourisme, périclite
pour finalement disparaître.
Ces photographies sont autant de témoins muets et pourtant si "parlants".
Pour aujourd'hui, une vue du "Château du Prince de Suède" et ce célèbre angle mort repris par tant de photographes et de peintres.
Eze, Foi, Identité et Particularisme
J’entends encore ma grand-mère conter ses visites chez son amie d’alors, fille de l’Archiprêtre Lubimov, desservant la Cathédrale Russe de Nice. Le sujet est donc
un peu Ezasque.
Ce bâtiment de culte, célèbre et célébré , va peut-être (sous réserve d’appel) devenir la propriété de la Fédération de Russie consécutivement à un jugement de la 2ième Chambre Civile
du Tribunal de Grande Instance de Nice rendu le 20 janvier dernier.
L’association cultuelle qui administrait les lieux depuis plus de quatre-vingts ans va donc devoir quitter les lieux. Faute de connaître le dossier ainsi que les motivations réelles de cette
décision, elle fait malgré tout naître les quelques pensées suivantes. Ici n’est pas le lieu d’en juger l’opportunité puisque, à charge d’appel, le droit est dit.
Si la foi est la perle et le temple son écrin, il est alors plus facile de comprendre la polémique des minarets ou, plus proche, celle qui consiste à trouver étrange qu’Eze bâtisse un nouveau
lieu de culte alors que son église paroissiale est en déshérence et décrépitude. La perle brillerait donc moins bien sans son écrin ou, plutôt, dans celui qui ne lui serait pas vraiment destiné.
En ce qui concerne les pratiquants de l’Orthodoxie Russe à Nice, étant par ailleurs avéré que le droit ne protège ni les faibles ni les naïfs mais les détenteurs d’un "titre", comme toujours le
domaine éminent eut raison du domaine utile. Enfin, s’agissant d’Eze, nous retrouvons l’idée selon laquelle les "nouveaux" chassent les "anciens" pour ne pas dire les vieux (voir notre blog 5
janvier 2010) parce qu’une Foi s’en est allée.
Et c’est ici que réside le particularisme. Celui d’Eze. Je pense ici à cette unicité des consciences, des coeurs, pour ne pas dire des âmes qui donne au lieu sa vraie et seule richesse; laquelle
pourra perdurer au-delà de ceux qui la générèrent.
Le particularisme d’Eze peut être mesuré à l’aune de la visite ecclésiale de 1906/1907 qui tente au plan national de déjouer la trappe laïciste d’une république alors en quête de boucs
émissaires. La mesure est singulièrement celle du nombre de pénitents qui sont au nombre de quarante à Eze et se réunissent tous les dimanches. Ils sont partout ailleurs en voie d’extinction. Eze
sort nimbée d’une sorte de grâce à l’issue de la "visite", alors que notre communauté a pu vaincre favorablement fourches caudines des facteurs de déchristianisation qui sont alors au nombre de
trente-quatre. De ceux-là, je garderai les plus applicables à la société moderne donc à la Cathédrale de Russie, aux minarets helvètes et autres chapelles de béton.

Ecoutons le rapport des visiteurs. Les facteurs de médiocrité de nos paroisses - à l’exclusion visible de l’Eze de 1906 - seraient dans l’ordre décroissant - tout d’abord : le jansénisme. Le fait
est à noter que Port Royal eût un rôle, même négatif, à jouer dans nos provinces du début de ce vingtième siècle! Vient ensuite... la République. Oui, la République. Il s’agit, bien sûr, de la
loi de séparation de l’Eglise et de l’Etat accompagnée de celle dite des Congrégations. Il convenait alors de déloger leurs membres au moyen de l’armée et de la gendarmerie nationale.
Aujourd’hui, un jugement suffit.
Facteur non moins intéressant, les "communications" dixit. Peut-être, les voies de communication - pourquoi pas le viaduc d’Eze? - ou les journaux, qui sait? Un "3", nous dit le rapport, sur
l’échelle des facteurs destructifs. Pire que ceux-ci, "la dépravation des moeurs, les bals et les superstitions". Ils valent un "7" sur cette échelle du Léviathan (Psaumes (74,14 et 104, 26), .
Mais loin devant, très loin puisqu’atteignant le plafond, soit un "18" : l’indifférence.
L’indifférence qui ferme les cathédrales, les églises, mais conserva à Eze, en 1906, ses quarante fidèles pénitents - et pénitentes - assistant tous les dimanches à l’office de la Sainte Croix
sous le regard du Christ souriant.

Pourquoi ne pas imaginer que le véritable agent corrosif de l’identité soit effectivement l’indifférence? Je serais assez d’accord avec les rédacteurs de la fameuse visite. Un détail; le maire
d’Eze en 1906 était Albert Figuiera. Son fils Emile est franc-maçon et sa fille Adèle épousera à Eze treize année plus tard Mohamed Sultan Bey venu d’Egypte et dont l’union sera célébrée sous le
toujours souriant Christ pénitent. Cela ne s’invente pas car cela est la pure vérité. Modeste contribution aux diatribes du temps; le nôtre veux-je dire. Moins souriant que le Christ d’Eze, sans
doute moins tolérant aussi.