En 1985, empruntant le vol inaugural « Pan-Am » de la ligne Nice New-York, je n’ai pas manqué de visiter la tour sud du World Trade Center. C’est alors que ma pensée s’est curieusement dirigée vers Eze. L’altitude, tout d’abord, soit dix mètres de différence en faveur de notre village (427 mètres) et ce sentiment de, disons, pérennité. Certes, le gigantesque complexe n’avait qu’environ treize ans lorsque je me trouvais sur son sommet, mais il dégageait une telle force qu’il eût semblé que rien n’eût jamais pu lui faire perdre de sa superbe.
Le WTC, symbole de la puissance de l’avenir, Eze celui du passé.
Puis, il advint ce que chacun sait. A l’instar du Titanic et en presque aussi peu de temps, le bâtiment a sombré.
Eze relève d’un autre ordre mais sa chute, pour être lente, n’en est pas moins impressionnante. Un sourd martèlement, entendu depuis une vingtaine d’année, fait de termites et doryphores de toutes espèces, sapa doucement sa base marmoréenne, en un mot son assiette. Puis, enfin, ce qui était en bas se trouva en haut ; curieux renversement de la pyramide. Alors vint le temps de la Foule !
Il pourrait m’être répondu que dans le second cas, il ne s’agit pas de terrorisme. Peut-être, hormis le fait qu’ainsi qu’il existe un terrorisme « intellectuel », naquit un terrorisme « illétriste », - il ne pouvait être fait ici usage que d’un barbarisme pour un tel sujet !- un négationnisme honteux rendant suspecte l’évidence et impossible l’administration de la preuve contraire.
Ainsi, au plan des nations, le : « Il faut vivre avec son temps » permit à plus d’un salaud, d’un lâche ou d’une crapule, de finir des jours heureux après avoir contemplé, sans mots dire, des barbelés, des pelotons d’exécution ou même pire. Mais aussi moindre, car on en n’est pas moins salaud, lâche ou crapuleux s’agissant de vilénies morales.
Si Eze était au Etats-Unis, sa communauté d’origine aurait été protégée, ménagée, consultée. La loi fédérale elle-même défend le « droit de suite » des autochtones à quelque ethnie qu’ils appartinssent. La loi française qui, nous le savons, n’est appliquée qu’avec parcimonie – surtout à Eze- souffrirait tout de même, quand bien même serait-elle mise en œuvre, de ce syndrome de « l’impasse » qui fait que notre pays s’est toujours peu penché sur ses « Marches » qu’ont été et sont toujours la Bretagne, l’Alsace, le Pays Basque et, bien sûr, le Comté de Nice. Je n’oublie pas la Corse.
Tout ceci, simplement, pour affirmer qu’à petites causes grands effets et que si le rythme de la destruction réelle et personnelle d’Eze devait continuer – alors qu’il s’amplifie chaque jour – je ne donne pas cinq ans avant que nous ne soyons devenus un Ground Zero, abattu par l’assaut des vagues du tourisme qui est à l’utilité publique ce que le détournement d’avion est à l’aéronautique.
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